[Entretien #2] The Dizzy Brains : le Rock qui chamboule Madagascar

Madagascar, île aux multiples ressources non exploitées, presque oubliées…. Où les jeunes essaient tant bien que mal de s’adapter et de suivre les évolutions du monde occidental. Ce n’est pas toujours simple : pauvreté, corruption et censure alimentent leur quotidien. Une île où la culture émerge à pas d’escargot où il est compliqué de faire évoluer les mœurs.

Ils sont quatre, Eddy (le chanteur torse nu), Poun (le Guitare-Héro), Mahefa (le Docteur-Bass) et Mirana (le Rastaminator Batteur) et forment Les Dizzy Brains. Originaires de Antananarivo, ces quatre rockeurs malgaches donnent le change et s’apprêtent à chambouler les diktats puritains beaucoup trop présents sur l’île.

The Dizzy Brains. Rock.
©The Dizzy Brains. De gauche à droite Poun (le Guitare Héro), Mahefa (le Docteur basse), Eddy (Le Chanteur torse nu) et Mirana (le Rastaminator batteur)

Vous l’avez compris, ce second entretien est totalement dédié au ROCK.

Découverts aux Trans Musicales de Rennes 2015, leur première grande scène et leur première sortie hors de l’île, avec leur titre phare « Vangy » (voir le clip plus bas), The Dizzy Brains a fait un tabac. Chantant tantôt dans leur langue, le malgache, tantôt en anglais, ils ont conquis le public français. Demain, vendredi 18 décembre, The Dizzy Brains sera sur mon autre île (la petite, vous vous en rappelez 😉 ), La Réunion au Kabardock. Pour les réunionnais qui me lisent et qui aiment le Rock, cela se passe ici.

Kiel c’est loin et j’avoue que je ne suis plus vraiment l’actualité culturelle de France. Heureusement que je reste fidèle à FIP. Ce soir là, je répondais présente et à l’annonce de l’entrée en scène de The Dizzy Brains, groupe tout droit débarqué de ma grande île (mon autre), j’ai été curieuse d’entendre ce que cela donnait. Verdict ? Ca déchire, du Rock, du pur Rock, du Rock qui envoûte. Des solos de guitare à s’en faire hérisser le poil, Poun, qui pourtant se prédestinait à la musique Jazz, maîtrise avec brio ses riffs et s’accorde parfaitement à la voix délurée d’Eddy. Le summum ? L’énergie « Terminator » du batteur, Mirana, poussée par la basse tantôt planante et tantôt sauvage de Mahefa. En plus d’être de bons show-men rockeurs, ils ont aussi le courage de chanter leur révolte dans un pays où la liberté d’expression n’est pas toujours au rendez-vous. Pour cela, nous leur disons bravo.

Fouineuse comme je suis, j’ai souhaité en savoir plus sur The Dizzy Brains en leur demandant une courte interview. C’est Eddy qui m’a répondu, heureux de savoir qu’une Malagasy (Malgache) expatriée apprécie sa musique. Ce qui n’est pas toujours le cas sur l’île.

« A Madagascar, le Rock est perçu comme étant la musique du diable ou la musique d’un bon à rien… un cliché tenace dans l’esprit des Malagasy… A un point où ils se disent qu’il ne faut jamais laisser sa fille sortir avec un rockeur. Ce genre de musique n’a pas de public ici malheureusement. Les jeunes préfèrent la musique qui fait danser le vendredi soir pour oublier le stress du quotidien. Le Rock à Madagascar est presque mort, il ne reste que de  vieux dinosaures comme Iraimbilanja que j’adore. La nouvelle génération de musiciens ne sait plus faire de rock…trop de technicité et pas assez de feeling selon moi. ».

La musique du diable, c’est bien dommage. Avec des chansons parlant de sexe, de racket… de jeunesse en perdition, les Dizzy Brains ne passent ni à la Radio ni à la Télévision.  « Ici, il est fréquent de parler de sexe dans la chanson, mais ça reste très sage. Nous, nous parlons de sexe de façon tellement cru, tellement directe, on parle beaucoup des filles… de corruption, de pauvreté, de la misère dans le pays sans détour, sans chichi… du coup on ne passe plus en radios ou en télés. C’est carrément illogique. ».

The Dizzy Brains, « Be your man » aux Trans Musicales de Rennes 2015

Malgré tout, le groupe a persévéré : « Nous avons galéré pendant 4 ans avant d’être repérés par Libertalia Music Records (leur Maison de disques). La galère, ça a été de dormir dans la rue après chaque concert non payé parce qu’il n’y avait pas de public. La difficulté de trouver des dates parce que nous n’étions pas assez rentables pour assurer le bénéfice d’un quelconque lieu…personnes… à part la famille et les amis… 50 personnes au maximum en 4 ans. »

Beaucoup parle de Punk-Rock, de Rock-Punk ou de Rock-Punk-Garage-Eclair, mais qu’en pense le groupe ? « The Dizzy Brains c’est juste du ROCK. Ce genre de rock qui envoie la sauce sans hésiter, très simple, très sauvage mais efficace… du pur garage-rock. Petits, nous avons été bercés par le Rock’n’roll, le Rhythm’n’blues, le Blues, le Punk et cela se comprend dans nos chansons et se voit lorsque nous sommes sur scène. ».

Vangy, le titre phare de The Dizzy Brains parle « de la vie d’un jeune malagasy qui n’a rien à foutre dans la vie, cela malgré lui. Il n’a pas d’avenir à cause de son pays. Cette chanson évoque surtout la vie des Dizzy à l’époque… Aujourd’hui certains jeunes du pays se reconnaissent dans cette chanson, tant mieux. ».

The Dizzy Brains – Clip « Vangy »

Un grand merci à The Dizzy Brains pour cette courte interview.

En attendant la sortie de l’album, 5 titres de The Dizzy Brains sont disponibles sur i-tunes dont Vangy. Pour les curieux, il est possible de revoir leur prestation aux Trans Musicales sur YouTube. Vous pouvez également les suivre sur leur page Facebook.

Je vous invite vraiment à les écouter parce qu’ils en valent le coup. Si comme moi vous êtes adeptes de rock, vous ne serez pas déçu ! Tiens pourquoi ne viendraient-ils pas en Allemagne ? Les allemands sont friands de rock, non ?… Idée à creuser… ! Alors qu’en pensez-vous ?

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